
Dans l’ombre des guitar heroes et des chanteurs flamboyants, ces architectes du grave ont pourtant redéfini les contours de la musique moderne. Certains ont inventé des techniques, d’autres ont transcendé les genres. Tous ont marqué l’histoire.Ce dossier rend hommage à vingt d’entre eux. Vingt bassistes qui ont changé la donne, chacun à sa manière. Du funk incandescent de Larry Graham au jazz cosmique de Jaco Pastorius, du rock tellurique de John Paul Jones aux expérimentations futuristes de Thundercat, ils incarnent la diversité, la virtuosité, et surtout, l’âme de la basse. Chaque portrait est une plongée dans un univers : un style, une sonorité, une trajectoire. On y parle de groupes mythiques, de lignes de basse cultes, de modèles fétiches , mais surtout de passion, de feu intérieur, de cette pulsation qui fait battre le cœur de la musique. Alors, tendez l’oreille. Le groove commence ici !
01 - JACO PASTORIUS
Le poète du fretless

Teen Town ou Birdland, mêlant groove, harmonies naturelles et virtuosité. Collaborateur de Joni Mitchell, Herbie Hancock ou Pat Metheny, il impose une esthétique audacieuse, entre jazz fusion et poésie sonore. Son jeu, à la fois technique et émotionnel, reste une référence absolue. Disparu tragiquement à 35 ans, Jaco laisse un héritage immense : celui d’un musicien qui a donné une âme à la basse.
02 - MARCUS MILLER
Le groove urbain et raffiné

Producteur, compositeur, multi-instrumentiste, Marcus Miller est l’un des bassistes les plus influents du jazz contemporain. Collaborateur de Miles Davis, Luther Vandross ou David Sanborn, il mêle slap funky, doigté fluide et sens aigu de l’arrangement. Sa Fender Jazz Bass signature, équipée d’un préampli actif, lui permet une palette sonore impressionnante. Marcus, c’est le groove sophistiqué, la basse comme colonne vertébrale d’un univers urbain, élégant et toujours en mouvement.
03 - FLEA
L'instinct funk à fleur de peau
Bassiste des Red Hot Chili Peppers, Flea incarne une fusion explosive entre funk, punk et rock alternatif. Son jeu, souvent en slap, est percussif, nerveux, mais aussi capable de douceur mélodique (Californication, Under the Bridge). Sur scène, il est un feu follet, mais derrière l’exubérance se cache une rigueur musicale impressionnante. Il a longtemps joué sur une Music Man StingRay, avant de collaborer avec Fender pour créer un modèle signature inspiré de sa Jazz Bass Shell Pink. Flea, c’est le groove viscéral, l’énergie brute, et une basse qui respire la liberté.
04 - CAROL KAYE
La main invisible du groove

Pionnière absolue, Carol Kaye a joué sur plus de 10 000 enregistrements, des Beach Boys à Simon & Garfunkel. Membre du Wrecking Crew, elle a façonné le son de la pop et du funk des années 60 et 70. Son jeu au médiator est précis, groovy, toujours au service du morceau. Elle a souvent utilisé une Fender Precision Bass, parfois modifiée pour plus de clarté. Discrète mais essentielle, Carol Kaye est une légende méconnue qui a posé les fondations du groove moderne.
05 - PAUL MCCARTNEY
La basse au service au de la chanson

Paul McCartney a prouvé que la basse pouvait être mélodique, chantante, et essentielle à la structure d’un morceau. Au sein des Beatles, il compose des lignes simples mais géniales (Come Together, Something), qui soutiennent et enrichissent les mélodies. Son instrument fétiche ? La Höfner Violin Bass, devenue iconique. McCartney incarne une approche intuitive, au service de la chanson, et reste une référence pour tous les bassistes mélodistes.
06 - VICTOR WOOTEN
Le magicien du groove

Victor Wooten est un phénomène technique et musical. Membre de Béla Fleck and the Flecktones, il développe un jeu en slap double pouce, tapping et harmoniques, tout en gardant un groove implacable. Sa Fodera signature est un bijou de lutherie, adaptée à ses explorations sonores. Auteur et pédagogue, Wooten défend une approche spirituelle de la musique, où la basse devient langage, méditation et art de vivre.
07 - JOHN ENTWISLE
Le roc du rock britannique

Surnommé “The Ox”, John Entwistle a donné à la basse une puissance nouvelle au sein de The Who. Son jeu rapide, précis et mélodique, souvent au médiator, tranche avec les standards de l’époque. Sur My Generation, il signe l’un des premiers solos de basse enregistrés. Il joue principalement sur des Alembic et des Fender Precision modifiées, avec un son massif et articulé. Entwistle a prouvé que la basse pouvait être frontale, virtuose et essentielle au rock.
08 - LARRY GRAHAM
L'inventeur du slap

Avec Sly & The Family Stone, puis Graham Central Station, Larry Graham a inventé le slap, cette technique percussive qui a révolutionné la funk. Son jeu est puissant, dansant, et toujours au service du groove. Il joue sur des basses Moon et sur son modèle signature chez Warwick. Graham a ouvert une voie que des centaines de bassistes ont suivie, de Flea à Marcus Miller. Il est le père du funk moderne.
09 - JAMES JAMERSON
Le coeur battant de la soul

Bassiste maison de la Motown, James Jamerson a posé les bases du groove soul et funk. Sur une Fender Precision Bass, souvent avec une seule main et un doigt (“The Hook”), il crée des lignes riches, syncopées, pleines de feeling (What’s Going On, I Heard It Through the Grapevine). Invisible mais omniprésent, il a influencé des générations entières. Jamerson, c’est le groove incarné, la basse comme respiration de la chanson.
10 - THUNDERCAT
Le jazz du futur

Thundercat, alias Stephen Bruner, est l’un des bassistes les plus novateurs de sa génération. Collaborateur de Kendrick Lamar (To Pimp a Butterfly), Flying Lotus ou Erykah Badu, il mêle jazz, R&B, funk et psychédélisme avec une virtuosité déconcertante. Sa basse signature Ibanez à six cordes lui permet des envolées harmoniques et vocales uniques. Thundercat, c’est la basse comme rêve éveillé, entre groove et astral.
11 - CLIFF BURTON
Le soufle épique du métal

Premier bassiste marquant de Metallica, Cliff Burton a apporté au thrash une profondeur harmonique inédite. Son jeu, influencé par le classique et le doom, mêlait distorsion, arpèges et solos épiques (Orion, Anesthesia). Il jouait sur une Rickenbacker 4001 modifiée, avec un son rugueux et massif. Mort tragiquement à 24 ans, il reste une figure mythique du metal, vénérée pour son audace et sa sensibilité.
12 - JACK BRUCE
L'alchimiste du power trio

Au sein de Cream, Jack Bruce a redéfini le rôle du bassiste dans un trio rock. Chanteur, compositeur, improvisateur, il tissait des lignes complexes et mélodiques, souvent en dialogue avec la guitare d’Eric Clapton. Il jouait sur des Gibson EB-3 et Warwick fretless, avec un son rond et mordant. Bruce était un musicien total, à la croisée du blues, du jazz et du rock psychédélique.
13 - BOOTSY COLLINS
Le funk en technicolor

Avec ses lunettes étoilées et ses costumes flamboyants, Bootsy Collins est l’icône du funk cosmique. Ancien bassiste de James Brown puis pilier de Parliament-Funkadelic, il impose un jeu exubérant, saturé de wah-wah et de groove intergalactique. Sa basse signature, en forme d’étoile, est aussi légendaire que son style. Bootsy, c’est la basse comme spectacle, comme extase, comme voyage dans une autre dimension.
14 - GEDDY LEE
Le savant du prog rock

Bassiste, chanteur et claviériste de Rush, Geddy Lee est un véritable homme-orchestre. Son jeu rapide, précis et mélodique, souvent sur Rickenbacker ou Fender Jazz, soutient des compositions complexes et ambitieuses. Il utilise aussi des pédales de synthé pour enrichir le son du trio. Geddy Lee, c’est la basse comme moteur d’un univers mathématique et poétique, entre virtuosité et science-fiction.
15 - TAL WILKENFELD
La grâce précoce

Tal Wilkenfeld s’est imposée très jeune comme l’une des bassistes les plus douées de sa génération. Révélée aux côtés de Jeff Beck, elle impressionne par sa maturité musicale, son toucher délicat et son sens du dialogue. Elle joue sur une Fender Jazz Bass et sur des modèles Sadowsky, avec un son clair et chantant. Tal mêle technique, émotion et humilité, et incarne l’avenir de la basse au féminin.
16 - PINO PALLADINO
Le caméléon du groove

Stanley Clarke est l’un des premiers bassistes à avoir imposé la basse comme instrument soliste dans le jazz. Membre fondateur de Return to Forever avec Chick Corea, il alterne slap furieux, envolées lyriques et compositions ambitieuses. Il joue sur des basses Alembic custom, souvent en piccolo ou en double manche. Clarke a ouvert la voie à toute une génération de bassistes virtuoses, de Marcus Miller à Thundercat.
17 - JOHN PAUL JONES
Le pilier discret de Led Zeppelin
Multi-instrumentiste et arrangeur de génie, John Paul Jones est le ciment de Led Zeppelin. Sa basse, souvent jouée sur Fender Jazz ou Alembic, est à la fois solide, inventive et mélodique (Ramble On, Dazed and Confused). Il apporte aussi des claviers, des mandolines, des orchestrations. Jones incarne l’élégance et la polyvalence, l’ombre qui fait briller les autres. Un modèle de musicalité au service du rock.
18 - TONY LEVIN
Le cerveau du prog

Tony Levin est le maître des textures et des structures complexes. Collaborateur de King Crimson, Peter Gabriel ou Liquid Tension Experiment, il utilise le Chapman Stick et la basse fretless pour créer des paysages sonores inédits. Son jeu est précis, inventif, souvent minimaliste mais toujours essentiel. Avec ses moustaches et ses baguettes de batterie fixées aux doigts (“funk fingers”), Levin incarne l’intelligence musicale au service de l’émotion.
19 - LES CLAYPOOL
Le funambule du bizarre

Leader de Primus, Les Claypool est un ovni dans le monde de la basse. Son jeu est excentrique, technique, souvent en slap ou tapping, avec des rythmes tordus et des lignes imprévisibles. Il joue sur des basses Carl Thompson custom, parfois à six cordes, avec un son sec et claquant. Claypool est aussi chanteur, compositeur, et créateur d’univers délirants. Sa basse est un théâtre, un laboratoire, une provocation joyeuse.
20 - STANLEY CLARKE
Le titan du jazz fusion

Stanley Clarke est l’un des premiers bassistes à avoir imposé la basse comme instrument soliste dans le jazz. Membre fondateur de Return to Forever avec Chick Corea, il alterne slap furieux, envolées lyriques et compositions ambitieuses. Il joue sur des basses Alembic custom, souvent en piccolo ou en double manche. Clarke a ouvert la voie à toute une génération de bassistes virtuoses, de Marcus Miller à Thundercat.
Vingt bassistes, vingt univers, vingt façons de faire vibrer le monde. Ce dossier est une célébration, mais aussi une sélection, forcément subjective, forcément incomplète. Car la basse est un territoire vaste, mouvant, peuplé de créateurs discrets et de virtuoses flamboyants, de groovers de l’ombre et de solistes visionnaires.Nous avons choisi ceux qui, par leur style, leur son, leur influence ou leur audace, ont marqué l’histoire. Mais pour chaque nom cité, des dizaines d’autres auraient pu figurer ici. Esperanza Spalding, Richard Bona, Meshell Ndegeocello, Robert Trujillo, Sting, Gail Ann Dorsey, Leland Sklar, Mike Dirnt, Nathan East, Steve Harris, Simon Gallup, John Myung, Bakithi Kumalo, Roscoe Beck, Verdine White et tant d’autres… La liste est infinie, et c’est tant mieux. La beauté de la basse, c’est qu’elle ne cherche pas la lumière, elle la crée. Elle soutient, elle relie, elle respire. Elle est le lien entre le rythme et l’harmonie, entre le corps et l’âme. Et chaque bassiste, célèbre ou inconnu, apporte sa pierre à cet édifice sonore. Ce dossier est donc une invitation : à écouter autrement, à redécouvrir des lignes oubliées, à tendre l’oreille vers ce qui se cache sous la surface. Et surtout, à prolonger la conversation. Car le groove ne s’arrête jamais , il se transmet, il évolue, il nous traverse ! Alors, à vous de jouer : qui manque à l’appel ? Qui vous fait vibrer, danser, rêver ? Le groove est partout. Il suffit d’écouter !
Article paru dans le numéro 375 de Guitar Part.
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