
Maurice From The North Country avait la lourde tâche d’ouvrir la soirée, et le moins qu’on puisse dire, c’est qu’il s’en acquitte avec une élégance discrète mais réelle. Seul ou presque, porté par une guitare acoustique chaleureuse et une voix à fleur de peau, le songwriter installe une atmosphère intimiste qui tranche avec l’énergie à venir, mais capte immédiatement l’attention. Entre folk délicate et pop mélancolique, ses compositions rappellent autant les grandes heures du songwriting britannique que des influences plus américaines, avec ce sens du détail et de la nuance qui fait mouche. Une entrée en matière tout en finesse, qui mérite clairement qu’on tende l’oreille.
Depuis leurs débuts à la fin des années 70, avec « Cool for Cats » (1979) et « Argybargy » (1980), Squeeze a toujours su marier l’élégance des mélodies et la précision des arrangements à une énergie pop-rock immédiate, et, ce soir-là, chaque note semblait respirer cette dualité. L’ouverture du concert a surpris par une légère fragilité, presque calculée, comme si le groupe sondait l’acoustique et l’humeur du public. Les premières mesures de Pulling Mussels (From The Shell) glissaient doucement dans l’air, créant un moment suspendu avant que la magie ne s’installe. Les guitares de Glenn Tilbrook et Chris Difford ont retrouvé leur tranchant légendaire, la basse de Keith Wilkinson s’est imposée avec profondeur et assise, et la voix chaude et immédiatement reconnaissable de Tilbrook a enveloppé la salle, créant une complicité instantanée avec le public. Ce début subtil a rendu les morceaux suivants encore plus percutants, car le groupe a montré qu’il pouvait combiner maîtrise technique et spontanéité, une signature de son art scénique depuis plus de quarante ans.
Le concert a ensuite pris la forme d’un véritable voyage à travers la discographie de Squeeze, mêlant habilement classiques et nouveautés. Les premiers albums ont été représentés par des titres comme Up The Junction et Labelled With Love, où les paroles acérées de Chris Difford, pleines d’humour et de détails du quotidien, ont trouvé une résonance immédiate auprès d’un public conquis. Les morceaux des albums « East Side Story » (1981) et « Sweets From A Stranger » (1982), en particulier Tempted et Black Coffee In Bed, ont apporté une profondeur supplémentaire, révélant la sophistication harmonique et rythmique du groupe. Chaque chanson, bien qu’ancienne, semblait renouvelée grâce à des ajustements subtils dans les riffs de guitare, les lignes de basse et les harmonisations vocales, prouvant que Squeeze reste un groupe vivant, capable de réinventer son propre héritage sur scène.
La suite du concert a exploré la fin des années 80 et le début des années 90, avec des morceaux issus de « Babylon And On » (1987) et « Play » (1991), période où le groupe expérimentait davantage avec les textures sonores et la production pop-rock contemporaine. Ces titres ont été interprétés avec une énergie modernisée, combinant précision et puissance, démontrant que Squeeze n’est jamais un groupe figé dans le passé. L’une des surprises les plus agréables de la soirée a été l’intégration de morceaux plus récents, tirés de « Domino » (1998) et surtout de « Trixies » (2022), joués presque dans leur intégralité. Ces chansons, souvent narratives et parfois plus complexes, ont trouvé leur place avec fluidité dans le set, révélant un groupe qui continue de composer avec la même intelligence et le même sens du détail que lors de ses premiers albums.
Avec huit musiciens sur scène, l’énergie de Squeeze se déployait comme un organisme vivant : chaque instrument avait son espace, chaque nuance se faufilait dans l’autre avec une fluidité étonnante, et les transitions entre morceaux délicats et explosions pop-rock semblaient dictées par une respiration commune. Les passages les plus intenses, notamment Hourglass ou Tempted, étaient d’une précision hypnotique, où la basse de Keith Wilkinson, la batterie de Simon Hanson et les guitares de Tilbrook et Difford semblaient former un seul instrument collectif. L’ajout des morceaux récents semblait presque couler de source. Les textures nouvelles, les arrangements subtils et les petits décalages harmoniques révélaient que le groupe n’avait rien perdu de sa créativité ni de sa capacité à surprendre après plus de quarante ans de carrière.
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