
Une fois n’est pas coutume, les premières parties n’étant pas toujours choisies avec le plus grand soin ou tout simplement pertinentes musicalement, il ne fallait surtout pas rater le phénomène Carlo Poddighe qui ouvrait ce soir-là. Que ce soit sur une poignée de reprises ou sur ses compos, le sympathique italien multi-instrumentiste en était presque agaçant de facilité, alors qu’il assure tranquillement, chant, guitare, batterie, claviers et autres… Qu’il soit doté d’un gosier qui lui permet sans le moindre souci de s’attaquer aux des Beatles (Strawberry Fields Forever) à Led Zeppelin (Kashmir), Police (Roxanne, Message In A Bottle) ou Stevie Wonder (Higher Ground), Jimi Hendrix (Foxy Lady), c’est une chose, mais qu’il soit capable d’associer médiator et baguette dans sa main droite et se montrer irréprochable techniquement était proprement ahurissant. Même sur le très complexe 21st Century Schizoid Man de King Crimson, il n’y a pas eu le moindre faux pas. À revoir, c’est certain !
Vauréal n’était peut-être pas Glasgow ou Londres, mais jeudi soir, la petite salle du Forum a vibré comme un vieux pub écossais en pleine tournée. The Silencers, loin des artifices et du bling-bling de la scène contemporaine, ont déroulé un rock direct et racé, où chaque riff semblait respirer l’air salin de la mer du Nord. Jimme O’Neill, cravate légèrement défaite et sourire en coin, tenait le groupe avec l’aisance d’un maître qui sait que la musique parle d’elle-même.
Dès les premiers accords de Painted Moon, le public s’est levé d’un seul bloc, reprenant le refrain en chœur. Le groupe enchaîne avec Silent Highway, créant un groove hypnotique qui fait bouger chaque corps, des fans les plus excités aux spectateurs les plus attentifs. Les guitares électriques s’entrelacent, mordent, hurlent et pleurent tour à tour, tandis que la voix d’O’Neill oscille entre mélancolie et puissance rock. À ses côtés, Aura O’Neill apporte des harmonies lumineuses et Conor O’Neill enrichissent le son avec ses guitares ou chœurs, incarnant une dynamique familiale rare sur scène. La base rythmique, assurée par Stephen Greer à la basse et Baptiste Brondy à la batterie, est solide et précise, et le jeu énergique de Brondy entraîne le groupe avec puissance. Ensemble, ils forment une version actuelle des Silencers fidèle à l’esprit original tout en insufflant une énergie nouvelle à chaque performance live. Le public oscille entre danse frénétique et moments suspendus.
Avec Dreams Of Love, un morceau plus doux aux accents celtiques, les guitares acoustiques s’élèvent dans la lumière tamisée et la salle se tait presque complètement. Puis, comme pour rappeler que le rock est avant tout énergie et sueur, le groupe explose avec Stranger In Town, riffs cinglants, solos déchirants et refrains repris avec passion. Les amplis chauffent, les guitares hurlent, et chaque note semble plus puissante que la précédente. Une bière renversée, quelques chaussures qui tapent le plancher : la foule vit chaque instant à fond. Le rythme ne faiblit jamais. Mary’s Song fait vibrer le Forum d’une mélodie entêtante, tandis que Everybody’s Dreaming transforme la salle en un gigantesque chant collectif. Les Silencers terminent avec The Ship’s A Sinking, apothéose électrique où tout le monde hurle, saute et se laisse emporter par la puissance du son. Les solos de guitare s’enchaînent, les riffs mordent, et la batterie martèle comme un moteur en furie. Jimme O’Neill sourit, échange des regards complices avec le public, et laisse les chansons imprimer leur empreinte dans chaque spectateur.
Et c’est là que réside leur puissance : le classic rock qu’ils défendent, enraciné dans les pubs écossais et les grandes heures du rock britannique, ne faiblit jamais. Il frappe, captive et secoue, peu importe le lieu ou l’époque. Ce soir à Vauréal, les Silencers ont offert plus qu’un concert : une véritable leçon de rock vivant, rappelant que certaines musiques sont indestructibles, qu’elles traversent les années et continuent de brûler dans les cœurs. Avec eux sur scène, le temps s’efface, le public explose et le rock reste éternel.
%20(1).webp)

