

Commençons par Bukowski, le précédent album avait été particulièrement compliqué à faire, juste après la disparition de Julien. Sans véritable apaisement, peut-on parler aujourd’hui de plus de sérénité pour « Cold Lava » ?
Mathieu Dottel : Oui, clairement. « Cold Lava » a été accouché d’une manière radicalement différente. Il y avait beaucoup plus de bonheur dans le processus. Julien aurait voulu que ça continue, mais de façon positive, et ça a forcément compté. On est revenus à quelque chose de plus simple, plus direct, avec de vrais refrains, une écriture plus resserrée. L’album d’avant partait un peu dans tous les sens, entre le deuil, le confinement, le travail à distance… Je m’étais aussi laissé aller à des choses presque progressives, qui n’étaient pas forcément les plus justes. Là, on a cherché l’essentiel. Les gens qui aimaient bien Bukowski ont été un peu décontenancés par l’album. Après, moi, je l’aime beaucoup, mais il a été fait un peu d’une manière assez particulière. Celui-là, oui, c’est un peu un départ vers quelque chose de plus apaisé, je dirai. On a essayé vraiment de faire des morceaux qu’on aime, on a envie que les gens chantent avec nous en live. Il y a aussi une petite touche de modernité avec l’arrivée de Max (Müller, basse), qui a apporté quelques nappes électroniques très discrètes, presque en arrière-plan. Des textures qu’on ressent plus qu’on les entend, et qui apportent quelque chose d’intéressant, sans jamais prendre le dessus. On n’a jamais voulu aller vers une vraie couleur electro, ce n’est pas du tout l’ADN du groupe.

Justement, pour restituer les choses, notamment pour celles et ceux qui ne vous connaissent pas encore, c’est quoi exactement l’ADN de Bukowski ?
L’ADN de Bukowski : il branche des guitares, il fait du bruit et il casse des cymbales… On est dans quelque chose de très organique : de vraies batteries, de vraies guitares, de vrais sons enregistrés tels quels. C’est important pour nous de garder cette facette très rock, très chanson aussi. On évolue, on change un peu de monde en ce moment, mais sans jamais perdre ça. On garde évidemment toute cette scène des années 90, Alice in Chains et d’autres groupes de cette génération. Mais on continue à écouter beaucoup de musique. En ce moment, par exemple, j’écoute beaucoup Thrice, que j’aime vraiment énormément, autant pour l’écriture que pour la voix du chanteur, que je trouve formidable.
Et côté guitares, jeu ou matériel, l’ADN reste le même ?
Oui, clairement. J’ai l’impression d’être en adéquation avec mon niveau de guitare, et ça me va très bien comme ça. Je n’ai jamais eu l’envie de devenir un grand technicien, parce que la guitare sert avant tout à accompagner ma voix, et ça, c’est fondamental pour moi. On peut sans doute parler d’une forme de dilettantisme dans ma manière de jouer, mais elle est assumée. À partir du moment où je suis à l’aise techniquement, je préfère consacrer mon énergie à la création. J’aime aller chercher des accords un peu étranges, des accordages différents, des façons de jouer qui sortent légèrement du cadre. C’est comme ça que je trouve le bon équilibre.

Alors je me trompe peut-être, mais je ne te vois pas vraiment avec une collection mirifique de guitares que tu changes comme de chemise…
Non, clairement. On est endorsés par ESP LTD, et j’ai une vieille LTD que je traîne depuis des années. Malheureusement, elle a pris l’eau à un moment, donc c’est un peu la catastrophe aujourd’hui. Toutes mes guitares sont montées avec des micros Hepcat, installés par un ami, Sully. Pour Bukowski, je reste sur des bases de LTD, et ça fonctionne parfaitement. Ce sont des guitares stables, faciles à régler, qui ne bougent pas. Le bois fait son travail, et en changeant simplement les micros, on arrive à exactement trouver ce qu’il faut. En tout cas, pour Bukowski, ça marche très bien, et j’adore ce son. Et puis, à côté de ça, j’ai un autre groupe qui s’appelle Perfecto, et là je me suis vraiment fait plaisir avec une Stratocaster, une Fender Stratocaster Eric Clapton active. J’ai aussi une guitare faite par un luthier français, Custom 77, qui a créé un modèle et monté des micros spécialement pour moi. Je n’ai pas une quantité de guitares impressionnante, mais j’ai gardé celles que je préfère, celles avec lesquelles je me sens bien selon les projets.

Article paru dans le numéro 376 de Guitar Part.
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