Dans la douce et verdoyante campagne bretonne, à quelques kilomètres de Vannes (Morbihan), s’est déroulée la neuvième édition du Motocultor. Un peu de pluie, beaucoup de soleil, encore plus de décibels et une jolie collection de prestations de haute volée.
On a souvent décrit le Motocultor comme le petit Hellfest. Une comparaison qui n'est en rien péjorative et qui résume plutôt bien l'esprit de ce festival et son thème général. À Saint-Nolff, comme à Clisson, durant trois jours, le metal est roi. Stoner, death, black, heavy, toutes les familles du genre ou presque sont invitées à cette grande fête du décibel. Même le punk rock y est représenté, tout autant que le hardcore (Agnostic Front, formation phare de la scène new yorkaise, toujours aussi excellente). La programmation peut paraître pointue pour les non habitués, mais elle n'est en aucun cas élitiste. Mis à part le vendredi où la météo a joué à cache-cache avec les festivaliers en distribuant quelques averses made in Bretagne, rendant parfois difficile l'accès à la Supositor Stage non protégée par un chapiteau comme les 2 autres (la Dave Mustage et la Massey Ferguscene), chaque groupe a eu droit à un accueil chaleureux. Dans ce village d’irréductibles Gaulois, on laisse les querelles de clocher aux vestiaires pour se concentrer sur la fête et sur la musique. Et sur les boissons houblonnées, il faut l’avouer.
Vendredi 19 août 2016
12h00. Quelques cris gutturaux s’échappent de l’entrée du festival et premières cavalcades sur l’herbe encore verte du site. Des signes qui ne trompent pas et annoncent le début du Motocultor Festival. Les plus courageux des festivaliers ont choisi de planter leur tente la veille dans un camping certes un peu plus loin que d’habitude, mais mieux pensé en terme de place que les années précédentes. Résultat, il y a quand même du monde pour supporter T.A.N.K qui a la lourde tâche d’ouvrir les débats. Dommage pour Furia qui essuie les premières averses, un quatuor polonais à l’aise dans les atmosphères dérangeantes, pour ne pas dire malsaines, mais qui se rattrapera le lendemain grâce à un désistement. Juste après un intéressant passage de Moonreich sur la Dave Mustage (black metal), les membres chevronnés d’Onslaught (le groupe s’est formé à Bristol en 1983) feront parler une première fois la poudre avec un thrash bien vintage d’excellente facture. Encore du vintage avec la présence de Vulcain au Motocultor. Pas moins de 35 ans de carrière, quelques rides en plus et toujours une sacrée pêche pour ces vétérans du heavy metal de l’Hexagone, même si l’on peut tiquer sur le chant en français. Après, c’est juste une affaire de goût personnel… Bölzer, duo guitare/batterie helvétique, ne fait pas dans la dentelle. Entre black et death metal, les Suisses emportent tout sur leur passage. Parfois un peu brouillon, mais efficace. La première grosse claque du festival nous viendra de la Massey Ferguscene avec le set explosif de The Midnight Ghost Train, un trio venu du Kansas (jusqu’à Saint-Nolff !). Grosse voix façonnée au bourbon et au cigare, riffs de guitare oscillant entre le blues rock et le stoner, le tout supporté par une impeccable et impressionnante section rythmique : que du bonheur. Après une telle prestation, difficile de trouver mieux. Heureusement, les suédois d’Entombed A.D. avec leur fantasque chanteur L.G. Petrov étaient en pleine forme pour balancer un rock’n’roll teinté de death metal (à moins que cela soit le contraire) d’excellente facture. Tout comme Shining, une formation norvégienne au style hybride, entre black metal et jazz, à l’impressionnante maîtrise technique. Pour finir, J.C. Satàn s’en sortira avec les honneurs et plus encore. Les Bordelais ont remplacé au pied levé un autre groupe et leur garage punk secoué par des décharges de pure noise a su convaincre même les plus sceptiques (entendez les plus chevelus) avec un set ultra énergique et un maniement du second degré frôlant la perfection.
Samedi 20 août 2016
Commencer la journée (12h45) par du death metal technique n’est pas chose aisée, à moins que vous ne soyez connaisseur… Quand bien même, la performance musclée des parisiens d’Atlantis Chronicles a su faire mouche. Question programmation, ce samedi est bien chargé, tout autant que l’haleine de certains festivaliers. La formation nantaise Regarde Les Hommes Tomber estampillée post-black-sludge metal (?) sonne le réveil des troupes, suivie de près par Fange dont l’univers sonore puissant et bien torturé en a scotché plus d’un. Changement d’ambiance et place aux punks avec deux groupes aux styles différents : Giuda, des Italiens fans du punk de la fin des années 70 et Pipes And Pints, un quintette tchèque qui fait revivre le fantôme des Pogues. Au même moment, Hypno5e embarque le public du Motocultor dans un univers très personnel, parfois calme, parfois complètement barré. Une belle surprise. Venu tout droit de la Nouvelle-Orléans, Goatwhore a ravi les amateurs du genre avec un black metal au final très rock’n’roll. Simple et efficace. L’année dernière, le festival accueillait Sick Of It All. Cette année, c’est au tour d’Agnostic Front, groupe tout aussi légendaire que S.O.I.A., de venir défendre le hardcore en terre bretonne. Un set carré, certes moins sauvage qu’à la grande époque, mais toujours bourré de passion. Respect. En cette fin de soirée, à part le fantasque Jello Biafra (ex-chanteur des Dead Kennedys), le post-hardcore est mis à l’honneur avec un trio de groupes pour qui les ambiances ténébreuses et oppressantes sont quasi un fond de commerce : Neurosis (une légende depuis 1985), Amenra (quintette belge au son massif et amateur de doom) et Cult Of Luna. Mention spéciale pour cette dernière formation dont le set ultra puissant, mélange de post-hardcore, de sludge et même parfois d’éléments plus « rock progressif » ne pouvait que forcer l’admiration des festivaliers. Du grand art et assurément l’une des meilleures prestations de cette édition 2016.
Dimanche 21 août 2016
Décidément, la cité des Ducs était plutôt bien représentée, avec une nouvelle preuve de la richesse de la scène metal nantaise : BigSure. Du bon stoner classique avec un brin d’effluves psychédéliques. Le genre de concert parfait pour réellement débuter une troisième et dernière journée. On devrait sans nul doute entendre à nouveau parler de ce groupe. Petite escapade tranquille placée sous le signe du grindcore avec les belges de Leng Tch’e pour ensuite prendre l’une des grosses claques du jour. Lost Society, quatuor finlandais, a distribué du fun par pelletées à un public breton qui ne demandait que ça. Du thrash plutôt oldschool, magistralement maîtrisé et d’une redoutable efficacité. Une prestation que l’on mettra dans le Top 5 du festival. Si Fractal Universe, quatuor nancéen de death metal progressif, s’en est fort bien sorti, on a surtout retenu le passage de Conan. Le trio a prouvé qu’il n’y avait pas que les Beatles et le foot à Liverpool en livrant un set compact. Du doom de premier choix avec quelques réminiscences noisy. Derrière, les Suédois de Graveyard ont paru un poil léger question rendu sonore, mais leur hard rock très seventies, parfois blues, parfois plus psychédélique, fut une respiration bien agréable dans ce déluge de décibels alors que Bongzilla enchaînait. Doom, stoner et effluves d’herbes pas vraiment aromatiques. Bref, ça plane pour eux comme dirait notre ami Plastic. Comme d’habitude, Max Cavalera, venu en famille, s’est montré généreux. Parfois un brin poussif, le concert de Soulfly a permis aux festivaliers de se lâcher un peu plus, reprenant en chœur les quelques morceaux de Sepultura joués ce soir-là (Arise, Roots). Juste avant la dernière ligne droite, Nashville Pussy a fait le job. Fun, rock’n’roll, quelque part entre AC/DC et Lynyrd Skynyrd, la musique du quatuor américain se veut simple et va droit au but. Pour clôturer cette neuvième édition du Motocultor, pas moins de deux têtes d’affiche. Si Testament a globalement déçu avec une prestation manquant cruellement de relief (ou d’implication ?), Ministry a fait taire les mauvaises langues qui pensaient que le fantasque et incontesté leader du groupe, Al Jourgensen, n’était que l’ombre de lui-même. Raté. C’est ce qui s’appelle prendre une belle claque. Du metal indus, certes à l’ancienne, mais diablement maîtrisé, comme une pluie de riffs hypnotiques qui vous vrille les neurones et vous laisse totalement abasourdi. Monsieur Jourgensen, même si vous ne portiez pas ce soir votre couvre-chef légendaire, chapeau bas !
Une nouvelle fois, le Motocultor a démontré qu’il était un festival à part et définitivement à taille humaine avec un bon esprit de tous les instants. Espérons que les soucis financiers de cet événement devenu incontournable dans l’univers du metal puissent être solutionnés. Dans le cas contraire, les organisateurs décideront si l’édition anniversaire de 2017 sera maintenue ou reportée à 2018…