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Ernie C de Body Count - Count de féé

Body Count ne se résume pas à son leader et acteur Ice-T. Ernie C (Ernest Cunnigan) est tout aussi essentiel à ce groupe des plus singuliers qui vient de sortir son huitième album, « Merciless ». À 65 ans, le guitariste honteusement sous-estimé revient sur son étonnant parcours qui l’a même vu produire Black Sabbath… Et sur ce morceau où David Gilmour lui a piqué sa place !

Remontons à tes débuts. Tu as démarré très jeune, semble-t-il…

Oui, j’habitais à Détroit et il y avait ce guitariste qui vivait dans mon quartier, Dennis Coffey. Vous n’avez probablement jamais entendu parler de lui, mais il a eu un gros hit avec son groupe Detroit Guitar Band et le titre Scorpio en 1971. J’étais encore gamin et je l’ai vu jouer dans son salon avec d’autres guitaristes. Dans mes souvenirs d’enfants, ils étaient 15, mais c’est peut-être exagéré, ils devaient être 3 ou 4. Mais tous avec leur wah (rires) et j’étais fasciné. Malheureusement, nous avons déménagé pour nous installer à Los Angeles, lorsque je devais avoir 8 ans. Je voulais déjà avoir une guitare et mon père m’en a trouvé une dans une boutique d’occasions. C’était une Teisco Del Ray. En fait, mon père avait plusieurs disques de B.B. King et je voulais jouer comme lui.

Sauf que tu étais gaucher et que ce n’était pas aisé à une époque où ceux qui donnaient des cours de guitares ne s’en souciaient pas…

Ça n’a pas été si terrible. Lorsque j’ai commencé à prendre des cours, je jouais comme un droitier. Mon professeur m’avait alors dit : « Si tu avais décidé d’apprendre le piano, tu n’aurais pas inversé les touches, non ? » J’ai répondu : « Je ne crois pas… » Et il a ajouté : « Alors tu vas jouer comme un droitier ! » Et puis j’ai vu Jimi Hendrix à la télévision et je me suis dit : « Mais comment fait-il ? Je veux jouer aussi comme ça. » J’ai changé mes cordes et j’ai tout recommencé à l’envers. Dans un premier temps, je ne jouais pas mieux. Mais j’ai remarqué que je progressais plus vite. Je suis même encore capable de jouer des accords comme un droitier. Mais pour les solos, c’est enfin venu en jouant comme un gaucher. Par la suite, j’ai joué avec des groupes amateurs, mais j’ai essayé d’être un
« vrai musicien » pendant un temps. J’ai monté un groupe avec Joe Barbosa, qui venait de jouer avec Narada Michael Walden (Jeff Beck, Mahavishnu Orchestra…, NDR).

Le gang Body Count 2024. © Alessandro Solca

Passé B.B. King ou Hendrix, il semble que tu te sois très vite intéressé aux premiers groupes de hard rock, le plus souvent britanniques. Avec notamment UFO, Michael Schenker étant un de tes héros…

Mais bien sûr ! Michael Schenker, pour moi, c’est une évidence. Mais ma plus grosse influence restera toujours Ritchie Blackmore. Tout le monde me cite en premier Jimi Hendrix, simplement pour ma couleur de peau, et je réponds toujours que c’est Blackmore qui est au sommet pour moi. Et après, il y a également Jimmy Page. Ce n’est pas parce que je suis noir que je ne peux pas vénérer des guitaristes blancs. Et puis, pour Ritchie, il se nomme Blackmore, « encore plus noir » (rires). D’accord, dans mes premiers disques, tu trouvais quand même les Isley Brothers, Ernie Isley était aussi une référence pour moi. Mais c’est surtout parce que c’est ce qui passait sur les radios R&B qu’on écoutait à la maison. Et je ne détestais pas cette approche de la guitare tout en douceur. Un de mes amis m’a secoué un jour en me disant : « Hey, Ernie, il faut que tu écoutes plutôt ça ! » Il y avait Deep Purple, UFO, Led Zeppelin, Black Sabbath… Et j’étais foutu après ça. Parliament, Funkadelic ou autre, ça ne me touchait plus. J’aimais bien un petit Earth Wind And Fire de temps à autre… Mais je préférais encore écouter
Al Di Meola, je vous jure ! Je l’ai vu en concert avec John McLaughlin et Paco De Lucia et j’étais prêt à m’enfermer dans une chambre pendant un an pour travailler jusqu’à atteindre ce niveau. C’était au Roxy, sur Sunset Bvd, et j’étais assis à quelques mètres d’eux… Mon dieu ! Et quelques jours plus tard, au même endroit, j’ai vu Allan Holdsworth… Et, au-dessus de moi, sur le balcon, il y avait qui ? Devinez ! Eddie Van Halen en personne avec les yeux qui brillaient. Et, comme on est dans un magazine de guitare, j’en profite pour parler d’Eddie. J’ai quelques histoires marrantes à vous raconter.

Mais oui, ne te gêne pas…

Je rêvais de le rencontrer en personne. Alors, quelques années plus tard, j’ai produit un album de Black Sabbath
(« Forbidden », en 1995, NDR) et Tony Iommi me disait : « Si jamais tu as l’occasion, dis bonjour à Eddie de ma part ! » Je ne me dégonfle pas, je parle à ses agents de sécurité devant chez lui et je leur dis qui je suis. Body Count était déjà assez populaire. Je le vois de loin dans l’entrée et je lui montre une photo de Tony Iommi et moi. Et je lui balance : « Hey, Eddie, Tony Iommi voulait que je te passe le bonjour ! » Il regarde la photo, puis me dévisage, étonné : « Mais enfin, qui es-tu ? » Je lui réponds : « Je suis Ernie C, je viens de produire Black Sabbath ! » Et là, il me sort : « Quoi ? Toi, tu as produit Black Sabbath ? » Je lui ai répété : « Absolument, j’ai produit le dernier Black Sabbath ». Il m’a alors donné son numéro en m’expliquant : « Voilà le numéro de ma résidence au bord de la mer. » J’ai essayé de l’appeler en vain, mais, un jour, j’ai eu un message chez moi sur mon répondeur : « Salut Ernie, c’est Eddie Van Halen, merci de me recontacter… » Je peux vous dire que j’ai gardé précieusement ce message (rires) ! Après, je l’ai même mis à la place de mon message d’accueil pendant un an. Les gens m’appelaient et ils avaient : « Salut, c’est Eddie Van Halen… » Et je frimais en disant qu’il n’arrêtait pas de m’appeler pour que je joue avec lui. C’était irréel. Un jour, je lui demande : « Eddie, j’essaie de me procurer une de tes guitares, mais en modèle gaucher et on m’a répondu que c’était impossible ! » À l’époque, il collaborait avec Ernie Ball, il s’étonne : « Quoi ? Ils t’ont répondu qu’ils ne faisaient pas de modèles pour gauchers ? Mmmm, laisse-moi les appeler ! Ils en ont fait une pour John McEnroe (immense champion de tennis très nerveux et guitariste à ses heures perdues, NDR), ils peuvent bien en faire une pour toi… » Et il m’a fait livrer un modèle gaucher ! C’est l’un des plus beaux cadeaux qu’on m’ait faits de toute ma vie. Et là, regarde, je viens de recevoir ça (l’interview se déroule via Zoom et il montre à l’écran), c’est une Flanger que Jim Dunlop m’a offerte en me disant : « Eddie aurait voulu que je te la donne ! » Et elle est signée par Eddie…

Une seconde, que je prenne une photo…

Ne bouge pas ! Je joue depuis l’âge de douze ans et j’ai reçu ce trophée pour mes soixante ans (rires). Comme quoi, il ne faut jamais perdre espoir.

Pendant l’interview Ernie avec une pédale dédicacée par Eddie Van Halen et en bas Ernie nous montre son trophée. © Jean-Pierre Sabouret
© Jean-Pierre Sabouret

Pour revenir à Body Count, l’ambiance n’a pas toujours été des plus saines dans Van Halen, que ce soit avec David Lee Roth, Sammy Hagar ou même Michael Anthony… Mais comment ça se passe dans votre groupe, qui passe pour être un gang de types pas commodes…

Il n’y a pas le moindre problème. Nous sommes des amis depuis le lycée. Je sais ça fait beaucoup, mais on se connaît depuis 50 ans ! Il n’y a pas la moindre embrouille. Nous jouons de la musique et, dans notre esprit, il n’y a aucune raison de nous bagarrer. Il y a toujours moyen de s’entendre. Un compromis est toujours possible pour que chacun fasse ce qu’il veut. Nous sommes avant tout des amis et ce serait le cas même sans la musique. Mais je comprends que, dans de nombreux cas, il n’y a que la musique et pas d’amitié. Et cela donne des conflits d’ego à longueur de temps. Il n’y a rien de tout ça dans Body Count ! À l’origine, le groupe, c’était Vic (Beastmaster V, Victor Ray Wilson, NDR) Moose (Lloyd « Mooseman » Roberts III, NDR) et moi. Je devais assurer le chant, jusqu’à ce qu’on enregistre des chansons pour l’album d’Ice-t (« The Iceberg/Freedom of Speech… Just Watch What You Say! », en 1989, NDR). La voix d’Ice était tellement meilleure que la mienne que nous avons décidé de monter un nouveau groupe ensemble. Nous étions à peine formés que nous jouions devant des dizaines de milliers de personnes sur le festival Lollapalooza. Avant ça, nous n’avions joué que dans des petits bars et même une pizzeria (rires).

Donc, tu n’en a pas voulu à Ice-T lorsqu’il t’a remplacé sur Comfortably Numb par ce guitariste anglais vaguement célèbre ?

Ahahah ! Excellent… Mais laissez-moi vous raconter toute l’histoire. Ice voulait que ce soit moi qui joue sur Comfortably Numb, et ça me paraissait un formidable morceau pour se lâcher à la guitare. Nous l’avons enregistré et c’était moi et, devinez qui ? Richie Sambora (ex Bon Jovi) à la guitare. Notre bassiste, Vince (Vincent Price, NDR) est le guitar-tech de Richie. Le titre était en boîte, complètement terminé. Nous avons malgré tout décidé de faire les choses dans les règles. Nous sommes dans ce business depuis suffisamment longtemps pour savoir que lorsqu’on ne se soucie pas des détails juridiques, cela peut avoir des conséquences très graves. Nous avons donc envoyé une demande à Roger Waters d’un côté et à David Gilmour de l’autre. La question de Roger a été : « Qui chante ? » Il ne voulait pas de la voix de David, même sur un passage. Nous avons répondu : « Ice-Tu assure tous les vocaux ». Il a donné son feu vert. Mais, lorsque David a reçu l’enregistrement, il nous a dit : « J’aime beaucoup. C’est vraiment excellent. Mais ça vous dérangerait que je joue sur le morceau ? » Et tu réponds quoi à ça (rires) ? Il a joué à notre place et après, il a encore plus aimé et a ajouté : « Ça vous dérange si je suis sur la vidéo ? » Et, là encore, on n’allait pas lui refuser. Il nous a même proposé de nous rejoindre sur scène un jour ou l’autre. Quand j’y repense… J’ai vu le film « Pink Floyd: Live at Pompeii » quand j’avais 16 ans. Et c’était surtout pour voir David jouer. Pour moi, c’est comme si dieu débarquait et demandait à jouer avec nous. Et ce morceau est si parfait… Il n’y a pas la moindre note à jeter. Nous venons de la jouer en live à la télévision, sur le Tonight Show With Jimmy Fallon, et sans David, nous nous en sommes plutôt bien sortis. Comme pour l’album, nous n’avons jamais reçu autant de critiques favorables. Normalement c’était plutôt le contraire. Il y avait toujours une bonne raison de nous démolir.

Ice-T le doigt sur la détente. © DR

David n’est pas le seul invité, Max Cavalera ou Corpsegrinder font également partie du casting. Vous n’êtes plus si pestiférés…

D’abord, Max traîne avec nous depuis 30 ans. Nous avons tourné avec Sepultura au début des années 90. Il fait partie de la famille. Ce n’est même pas la première fois qu’il est sur l’un de nos albums. Il sera toujours le bienvenu. Nous avons également tourné avec Cannibal Corpse et c’est l’un de nos groupes préférés. Et, comme pour Max, nous n’avons pas eu besoin de le prier. Nous nous fréquentons et les collaborations viennent le plus naturellement du monde.

Le moment est venu de parler cuisine. Quel a été le premier instrument sur lequel tu t’es senti pousser des ailes ?

Je dirai que c’était ma première Fender Stratocaster, une 1966. À l’époque du lycée, mon père me donnait tous les jours un peu d’argent pour le déjeuner. J’avais trouvé le plan pour acheter des tickets restaurants pas cher à un ami et j’ai pu économiser une belle somme. En ajoutant ce que je gagnais avec quelques petits boulots, j’ai eu de quoi acheter cette Fender qui coûtait exactement 636 $. Je m’en souviendrai toujours. Je sais que ces modèles coûtent bien plus de 600 $ aujourd’hui ! Cela équivaut à au moins 2 000 $ d’aujourd’hui. Depuis, j’ai un peu tout essayé, mais j’ai enfin mon modèle signature chez Schecter (Ernie C C-1, NDR). C’est sur cette guitare que je peux jouer Comfortably Numb sur scène. Elle possède un son bien rond et précis. Que ce soit avec mon ampli 5150 préféré ou un Kemper, que j’utilise sur la dernière tournée. Comme j’ai pu le vérifier, en façade, on ne fait plus la différence et c’est tellement plus pratique.

Ernie teste l’équilibre de sa Schecter. © DR

Vous êtes venus en France pour le Hellfest, mais peut-on espérer voir Body Count en 2025 ?

Je crains que ce soit plutôt pour 2026. Le problème, c’est qu’Ice a un boulot à plein temps (il est un acteur très demandé, notamment pour les séries « New York, unité spéciale », « New York, crime organisé », « Ice T : meurtres de sang-froid »…, NDR), alors, comme nous, il va falloir être patient.

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