
En avril 1980 Iron Maiden s’apprête à sortir un album fondateur de la « New Wave of British Heavy Metal ». L’illustration de Derek Riggs qui orne la pochette se retrouve placardée sur les murs et les blousons de milliers d’ados afin de célébrer cette révolution musicale ou, plus simplement, pour emmerder les parents. Les pauvres ignorent encore que la décoration virera à l’horreur, un an plus tard, à la sortie de l’album Killers. Ce cher Eddie, une hache ensanglantée à la main, s’apprête à finir le pauvre bougre qui s’attache encore à son T-shirt. Violent ? Pas plus que le contexte social de l’époque. Nous sommes alors dans une Albion exsangue politiquement et économiquement, mise à genoux par Margaret Thatcher. La vierge de fer est le parfait exutoire face à la dame faite du même métal.
Cela fait toutefois cinq ans déjà que le groupe commence à imposer son mélange de heavy, punk et progressif sur les scènes anglaises. Steve Harris est, depuis le début, au centre du dispositif. Ce bassiste rapide et percussif à l’origine du fameux galop qui irrigue toute la discographie du groupe ne jure que par sa Fender Precision Bass modifiée au fil des décennies (pickguard miroir, électronique renforcée, cordes flatwound Rotosound) et un préampli Alectron, fait sur mesure, pour alimenter des baffles Marshall. À la guitare, Dave Murray incarne l’autre pilier historique du groupe, fidèle à Iron Maiden autant qu’à la Stratocaster depuis les années 70. C’est sur la mythique Fender que Murray développe son jeu fluide, très legato, fait de vibratos amples et de phrasés mélodiques immédiatement identifiables. La Strat est l’instrument idéal pour garder une certaine clarté en contraste avec la rugosité rythmique du groupe. L’instrument qui lui est le plus associé est celui ayant appartenu à Paul Kossoff, du groupe Free, achetée en 1976 et plusieurs fois modifiée. Dave a remplacé les micros simple bobinage par deux DiMarzio : un Super Distortion en chevalet, un PAF en position manche. Il a eu plusieurs autres modèles de la marque mais compte aussi dans sa collection une Gibson SG Custom, plusieurs Les Paul, ainsi qu’une Ibanez Destroyer II. Côté amplification, on note la tête Marshall 50-watt Super Lead, un JCM 2000, un Fender Super-Sonic.
Arrivé en 1980, Adrian Smith apporte une couleur complémentaire. Plus polyvalent dans ses choix, il alterne entre Gibson et Fender avant d’opter progressivement pour des superstrats Jackson bien adaptées à son équilibre entre rythmiques solides et solos mélodiques. Sa collection enferme aussi une Les Paul Deluxe Goldtop, ainsi qu’un modèle Custom et une SG standard. Comme beaucoup de formations metal des années 80, il est passé par l’arrogante Ibanez Destroyer. Lors de son retour dans le groupe en 1999, Adrian a beaucoup plus joué sur sa Stratocaster Standard américaine et ses guitares signature Jackson. Côté amplification, on retrouve un Marshall Super Lead, un JVM 410H, un JCM 2000, puis ponctuellement un Gallien-Krueger 250 Ml aussi utilisé par Dave Murray ainsi qu’un Blackstar HT-5. Enfin, Janick Gers est particulièrement attaché à ses Stratocasters souvent montées avec des micros Seymour Duncan en manche et chevalet pour obtenir un son puissant adapté au métal. Il utilise ponctuellement des modèles Gibson, comme l’électro-acoustique Chet Atkins ou une Les Paul Custom ainsi qu’une Sandberg California ST-S, mais il reste avant tout fidèle à ses Fender connectées à des amplifications Marshall tels que le JMP-1 et le 9200. Avec les guitares cinquantième anniversaire, Fender fait non seulement un bel hommage au groupe mais propose, en plus, une série d’instruments exceptionnels.

Depuis ses débuts dans Iron Maiden, Dave Murray incarne cette fluidité mélodique qui transforme chaque solo en ligne chantante. Sa Stratocaster 50th Anniversary reprend exactement cet esprit : un manche rapide, une ergonomie familière et une sensation de jeu qui pousse naturellement aux legatos et aux phrasés lumineux. La configuration micro, pensée pour son style, offre un équilibre idéal entre chaleur, précision et mordant, de quoi traverser un mur de guitares sans perdre en musicalité. Cette édition anniversaire n’est pas une simple réplique : c’est un instrument conçu pour prolonger l’héritage d’un guitariste dont la virtuosité n’a jamais été démonstrative, mais toujours expressive. Une Strat qui rappelle que chez Murray, la technique n’est jamais une fin, mais un moyen de faire vibrer l’émotion et de porter la mélodie au premier plan.

Corps : Aulne
Manche : Érable
Touche : Palissandre
Mécaniques : Vintage
Chevalet : Floyd Rose R2
Micros : Seymour Duncan TB-4 + SH-1N + Antiquity Texas Hot
Contrôles : 1 volume, 2 tonalités, sélecteur 5 positions

Janick Gers, c’est l’incarnation la plus sauvage et imprévisible d’Iron Maiden : un guitariste qui joue autant sur son instrument qu’avec ! Toujours en mouvement, toujours à la limite du chaos contrôlé. Sa Stratocaster 50th Anniversary reflète parfaitement cette personnalité explosive. On y retrouve une guitare pensée pour la scène, pour les bonds, les moulinets, les attaques franches et les riffs qui claquent comme des coups de fouet. Le manche, rapide et solide, offre une prise en main qui encourage l’énergie brute plutôt que la finesse chirurgicale. La configuration micro, volontairement simple et directe, privilégie l’impact : un son franc, mordant, qui traverse le mix sans jamais perdre son grain rock’n’roll. Cette Strat n’est pas faite pour rester sagement sur un stand : elle demande à être secouée, poussée, malmenée, exactement comme Gers le fait depuis des décennies. Une guitare qui rappelle que dans Maiden, le spectacle fait partie intégrante de la musique, et que l’électricité ne vient pas seulement des amplis, mais aussi de l’attitude.

Corps : Aulne
Manche : Érable
Touche : Palissandre
Mécaniques : Vintage
Chevalet : Vintage
Micros : Seymour Duncan JB Jr SJBJ-1B + SJBJ-1N + 60 single Coil
Contrôles : 1 volume, 2 tonalités, sélecteur 5 positions

Impossible d’évoquer Iron Maiden sans penser immédiatement au galop légendaire de Steve Harris. Son jeu, à la fois massif et claquant, a redéfini la place de la basse dans le heavy metal. La Precision Bass 50th Anniversary qui lui est dédiée capture parfaitement cette identité sonore unique. On retrouve d’abord ce corps massif, prêt à encaisser les attaques les plus musclées, et un manche au profil ferme mais étonnamment confortable, pensé pour soutenir ces lignes rapides qui propulsent chaque morceau. Le micro P Bass, survitaminé, délivre ce mélange de puissance brute et de clarté métallique qui fait toute la personnalité de Harris. Le look, fidèle à ses instruments de scène, assume pleinement l’esthétique Maiden, entre tradition et flamboyance. Cette basse n’est pas un simple hommage : c’est une machine conçue pour ceux qui veulent sentir la pulsation au bout des doigts, pour ceux qui savent que dans Maiden, la basse est un moteur !

Corps : Érable
Manche : Érable
Touche : Érable
Mécaniques : Fender 70s Vintage
Chevalet : Vintage
Micros : Fender P Bass
Contrôles : 1 volume, 1 tonalité

Adrian Smith, c’est l’architecte du son Maiden : précis, méthodique, puissant, toujours au service du riff et de la mélodie. Sa Jackson 50th Anniversary traduit parfaitement cette approche rigoureuse et moderne. On y retrouve un instrument pensé pour l’efficacité absolue : un manche rapide comme une autoroute, une ergonomie affûtée qui encourage les plans serrés, et une stabilité exemplaire même sous des attaques musclées. La configuration micro, taillée pour la clarté en haute distorsion, permet de conserver chaque nuance, chaque articulation, même dans les passages les plus denses. Le grain reste net, incisif, jamais brouillon. Cette guitare n’est pas là pour faire de la figuration : elle est conçue pour tenir la ligne, pour porter les harmonies à trois guitares, pour donner du poids aux riffs qui ont façonné l’identité du groupe. Une signature qui reflète parfaitement Smith : technique mais jamais froide, puissante mais toujours musicale, moderne sans renier l’ADN Maiden. Une Jackson qui ne cherche pas l’esbroufe, mais la maîtrise.

Corps : Aulne
Manche : Érable
Touche : Érable
Mécaniques : Blocage
Chevalet : Floyd Rose 1000
Micros : DiMarzio DP100 + Fender Noiseless Samarium Cobalt
Contrôles : 1 volume,1 tonalité, sélecteur 5 positions

Dans la galaxie des instruments Iron Maiden, la Masterbuilt Dave Murray Stratocaster occupe une place à part. Ici, on ne parle plus seulement d’une guitare signature, mais d’un véritable objet d’art, façonné à la main par les maîtres du Custom Shop. Chaque détail respire la dévotion : le choix des bois, la finition irréprochable, la sensation de manche qui semble avoir déjà vécu mille concerts. Le trio de micros, soigneusement sélectionné, offre une palette sonore d’une richesse rare, capable de passer d’un sustain chantant à une attaque plus tranchante sans jamais perdre cette musicalité qui définit Murray. On sent une guitare pensée pour durer, pour accompagner un musicien dans toutes les étapes de sa vie, pour devenir un prolongement naturel du jeu. Ce modèle n’est pas seulement un hommage : c’est la version ultime de l’instrument qui a porté certains des solos les plus emblématiques du heavy metal !

Corps : Aulne
Manche : Noyer
Touche : Palissandre
Mécaniques : Vintage
Chevalet : Floyd Rose 1000
Micros : Seymour Duncan Hot Rails SHR-1B + SHR-1N + Seymour Duncan JB Jr
Contrôles : 1 volume, 2 tonalités, sélecteur 5 positions
Article paru dans le numéro 377 de Guitar Part.
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