
Avant d’entrer dans le vif du sujet, meilleurs vœux. Bonne année à vous trois, et surtout bonne santé ! Particulièrement pour Pat et Fred…
Patrick Rondat : Moi, j’en peux plus, déjà ! (rires) Franchement, j’en peux plus de ces cardiaques. Sans déconner, entre vous deux et Manu Martin qui me fait décaler des dates… J’attends que Fred sorte de l’hôpital pour annoncer que, moi aussi, je me fais opérer, comme ça on gagne six mois (rires)…
Pat O’May : Non, non, toi, t’es dans les tentatives d’assassinat, c’est encore autre chose ! C’est pas mal aussi…


Pardon ???
Pat O’May : Il y a une tentative d’assassinat. Apparemment, un contrat sur Patrick, avec un Serbe du nom de Zoran (rires)…
Patrick Rondat : Non, mais sérieusement, il y a un mec qui a trouvé malin de me piquer les boulons d’une roue. J’ai failli me casser la gueule. On ne sait pas s’il voulait le pneu, la jante… Ou juste les boulons. Je pense plutôt que c’était la jante, mais en tout cas, c’est passé pas loin.
Pour revenir à quelque chose d’un peu plus sérieux, avec ce live que vous ne vouliez surtout pas faire… Et que vous faites finalement. Qu’est-ce qui vous a fait changer d’avis ?
Pat O’May : Patrick, c’était surtout toi qui ne voulais pas trop, alors vas-y…
Patrick Rondat : Moi ? Je dis que je n’ai pas changé d’avis (rires) !
Pat O’May : Bon, je vais répondre alors… Je crois qu’à un moment, on s’est juste dit que c’était quand même con de ne pas laisser une trace de ça. On avait beaucoup de dates sur la tournée, surtout en début d’année dernière, et on s’est dit : autant en profiter pour tout enregistrer. Qu’est-ce que vous en dites, les gars ? C’est bien ou pas ?
Patrick Rondat : Oui, je suis assez d’accord avec ça. C’est un témoignage du truc, tout simplement. On s’est dit que, au cas où il arriverait quelque chose à des membres du groupe (rires)…
Pat O’May : Des fois qu’on ait des problèmes cardiaques (L’an dernier, Fred et Pat on tout deux subi des interventions et quelques dates ont été reportées, cette année, Fred doit de nouveau être opéré, NDR)…
Fred Chapellier : Tu vas voir, si je claque sur la table d’opération, tu feras moins le malin !
Patrick Rondat : Ça dépend… Si tu m’envoies tes Stratocaster comme promis !
Tant qu’à rester dans l’humour noir, quand on regarde l’histoire du rock, les disparitions, ça fait vendre des albums, non ?
Pat O’May : Ah mais oui, au niveau de la maison de disques, c’est une excellente idée.
Patrick Rondat : C’est peut-être quelqu’un de chez Verycords qui a déboulonné ma roue (rires)…
Personnellement, je défends les albums live. Même si les musiciens ne sont pas toujours d’accord avec le principe, il y en a quand même des mythiques, non ?
Patrick Rondat : Ce qui est marrant avec les albums live, c’est qu’ils ont souvent un point commun : les artistes ne sont pas forcément fans. C’est un peu comme une photo de ta tronche, ce n’est pas toujours celle qui te fait le plus plaisir. En revanche, ça peut avoir un vrai impact pour les gens. Dans notre cas, c’est un projet particulier. Il n’y a pas de fin prévue pour l’instant, pas d’album studio à l’horizon. Du coup, ce live fait office de témoignage. Je me souviens d’interviews de Ritchie Blackmore à propos de « Made In Japan » : il détestait cet album. Et pourtant ! Je pense que beaucoup d’artistes ont du mal avec les live, parce que c’est plus spontané, plus imparfait, et pas forcément là où tu te sens le plus en contrôle artistiquement. Ça a été une vraie discussion entre nous. Personnellement, ce n’est pas ce que je préfère, mais je ne suis évidemment pas le seul décisionnaire dans ce projet. On est tombés d’accord, et je pense qu’au final, c’est surtout quelque chose d’important pour le public, peut-être plus que pour nous.
Pat O’May : Et puis je pense aussi qu’un live, on en a beaucoup parlé ensemble. Tu vois, « On Stage » de Rainbow, sans trahir la pensée des gars, c’est pour moi l’un des albums live les plus incroyables qui existent. Je ne pense pas vous trahir en disant ça… Ce que j’aime dans le live, même si je rejoins Patrick sur le fait que ce n’est pas toujours simple à assumer, c’est que ça reflète totalement la prise de risque qu’on a voulue autour de ce projet. Il a ses qualités, son énergie propre, quelque chose de très vivant. Et surtout, c’est une chose qu’on ne retrouvera jamais sur un album studio.
Patrick Rondat : Ce qui est vrai aussi, c’est qu’on fait partie d’une génération de guitaristes où il y a beaucoup de solos et beaucoup d’improvisation. Et forcément, ça implique une vraie prise de risque… Et une possibilité de se casser la gueule. Toi comme moi, comme Fred, on part parfois très loin. Il y a quelques parties écrites, bien sûr, mais globalement on est souvent en voltige. C’est plus délicat que dans des groupes actuels où les solos sont travaillés à la note près. Je ne dis pas que c’est plus facile, c’est juste une autre approche, plus préparée. Nous, on fonctionne beaucoup à la spontanéité. Et puis il y a aussi des morceaux joués à trois dans des versions qui n’existent sur aucun disque.
Fred Chapellier : Moi, je suis un peu l’inverse. Je suis un grand adepte des albums live. D’ailleurs, j’écoute très peu ma propre musique. Le peu que je supporte, ce sont justement les lives. Comme je fais une musique très improvisée, c’est là que je me reconnais le plus. En studio, je tombe vite dans le piège du « je refais, je refais, je refais… » Et, à la fin, tu perds la spontanéité. Tout ce dont on parle là. Du coup, que ce soit pour moi ou pour les autres, je préfère de très loin le live. Personnellement, je suis toujours plus excité par la sortie d’un album live que par celle d’un album studio.
Pat O’May : Moi, j’aime bien les deux, en fait. Le studio comme le live me vont très bien. Le live, c’est vraiment la vraie vie du morceau. En studio, on pose les bases, la structure, les ponts… et ensuite, sur scène, on fait vivre tout ça. C’est justement ce que j’aime : enregistrer cette nouvelle vie des morceaux. Pour moi, le studio n’est qu’un point de départ.
Patrick Rondat : Ce que je trouve intéressant aussi, c’est le fait qu’on ait des versions à deux ou à trois qui sont uniques. C’est ça qui donne du sens au live. Plus que de jouer un morceau tout seul, ce qui, au fond, n’a pas beaucoup d’intérêt, ce sont ces échanges et ces configurations qui n’existent qu’à ce moment-là.
Fred Chapellier : Ah, je trouve que ça c’est bien vrai !
Patrick Rondat : Oui, je le pense vraiment, sinon je ne le dirais pas. Les versions qu’on joue à deux ou à trois donnent naissance à quelque chose de nouveau, d’original. Ce n’est pas juste une exécution live, c’est aussi une démarche créative.
Fred Chapellier : C’est exactement ça ! Pour moi, tout l’intérêt de ce live est là. C’est très bien qu’on ait chacun des morceaux où l’on est seul avec le groupe, mais le vrai cœur de cet album, c’est le mélange de nous trois. Par moments à deux, parfois à trois. C’est là que se trouve le véritable intérêt de
« Live Access ».

Pat O’May : En poussant encore un peu plus loin, je peux te garantir que je ne joue pas de la même façon mes morceaux quand je suis seul, simplement parce que vous êtes là à côté. Le fait de jouer ensemble, ça t’imprègne... De votre force, de votre originalité, de votre façon de construire la musique. Et je le ressens même quand je me retrouve ensuite à jouer seul.
Fred Chapellier : Je pense qu’on se booste les uns les autres, vraiment. Toujours avec bienveillance, de façon uniquement positive. Il n’y a aucune compétition dans ce groupe. C’est aussi pour ça que ça marche aussi bien et qu’on s’entend aussi bien : personne ne cherche à tirer la couverture à soi. À part un (rires) !
Pat O’May : Sauf l’autre, quoi (rires)…
Patrick Rondat : Moi, je m’en fous, je veux jouer plus vite !
Petite parenthèse. Allez, chacun l’un après l’autre. On commence par Fred : ton album de chevet ?
Fred Chapellier : C’est dur, comme je viens de dire, moi je suis un fan des live, donc c’est hyper difficile, parce que j’en ai quand même plusieurs. Mais mon album de chevet, depuis 1975, c’est « Livestock » de Roy Buchanan. Et mon deuxième, c’est « On Stage » de Rainbow.
Au suivant. Patrick, ton album de chevet ?
Patrick Rondat : J’aurais aussi dit « On Stage » de Rainbow, évidemment. Mais, si on veut un peu de diversité, sans aller très loin, j’ajoute « Made In Europe » de Deep Purple. J’adore le son de Ritchie Blackmore sur cet album. Alors que dans le Rainbow, j’adore ce live, mais des fois le son il disparaît un peu, le mix est moyen, mais il a un son aussi... L’intro de Mistreated en live…
On finit avec toi, Pat…
Pat O’May : Oui, forcément, je reviens à « On Stage » de Rainbow, pour exactement les mêmes raisons que celles évoquées par Patrick et Fred. Et puis sur cet album, il y a cette formation incroyable : Ronnie James Dio, Cozy Powell, Jimmy Bain… C’est tout un groupe en totale symbiose, c’est hallucinant. Après, dans un autre registre, il y a aussi des lives de Frank Zappa qui m’ont complètement embarqué. En particulier « Zappa in New York », qui est une vraie tuerie.
Patrick Rondat : Il faut rajouter « Friday Night In San Francisco » du Guitar Trio, avec John McLaughlin, Paco De Lucia et Al Di Meola ! S’il y a bien un album live que j’ai bouffé en long, en large et en travers, c’est celui-là.
Pat O’May : Ah oui, tout à fait tout à fait, tu as raison Patrick…
Reprenons maintenant d’un point de vue plus technique. Vous aviez tout enregistré, mais vous avez fait le choix d’un album assez compact, sans proposer une intégrale avec tous les morceaux.
Pat O’May : Oui, on était un peu obligés de toute façon. On savait que ça allait sortir en vinyle, donc si on avait tout mis, on se retrouvait avec un triple vinyle… Là, c’est déjà un double, ce qui est très bien. Et puis l’idée, c’était surtout de privilégier les morceaux où l’on joue à deux ou à trois. Ceux-là, on les voulait absolument tous, parce que c’est vraiment l’ADN du projet. Ensuite, on a ajouté un morceau chacun de nos répertoires respectifs pour compléter. Mais, là où ça devient compliqué, c’est le choix de ces morceaux-là. Pourquoi celui-ci et pas un autre ? Quelle image tu donnes ? Quels titres tu mets en avant ? Franchement, c’est un vrai casse-tête.
Vous avez joué à chifoumi, non ?
Pat O’May : Oui, exactement (rires). On a aussi essayé d’équilibrer l’ensemble. Les tempos, les ambiances… C’était important que l’album respire, qu’on ne soit pas « à fond » tout le temps. C’est d’ailleurs pour ça que, pour mon morceau en solo, j’ai préféré choisir quelque chose de plus posé. Il y avait aussi la présence de Manu Martin sur ce titre. Du coup, ça a donné une vraie place au clavier. Normalement, quand je le joue seul, il n’y a qu’un peu de clavier à la fin, sur bande. Là, il est présent tout du long, ce qui lui donne une couleur complètement différente et originale par rapport à ce que je propose d’habitude.
Passons à l’historique, à l’ADN de Guitar Night Project. D’ailleurs, petite parenthèse : vous avez encore les tout premiers messages échangés à l’époque ? Les SMS, les mails de la naissance du projet… Ce serait marrant à ressortir un jour. Plus sérieusement, comment est né Guitar Night Project ? J’imagine une succession d’idées, de propositions, de « tiens, on pourrait faire quelques concerts tous les trois… », non ?
Patrick Rondat : C’est un peu plus compliqué que ça, parce que ce n’est pas parti de zéro. Ce n’est pas le genre de projet où tu te dis un jour : « Tiens, on n’a pas d’idées, et si on montait un truc à trois avec Fred qu’on appellerait Guitar Night Project ? ». À la base, c’est surtout une envie de Pat. Il m’a invité à jouer sur un concert célébrant ses 23 ans de carrière, à Trégueux (le 7 octobre 2017, NDR). Et en réalité, tout a commencé là.
Pat O’May : D’ailleurs, Jean-Pierre, tu étais là…
Patrick Rondat : Mais oui ! En fait, j’ai joué avec Pat, il a joué des titres avec moi, on a joué des morceaux de chacun. On est partis de cette idée-là. Au début, on a un peu déconné avec les « trois Pat », puisqu’il y avait aussi Pat McManus. C’est devenu une blague, puis une idée : monter quelque chose à plusieurs à partir de ça. À l’origine, c’était surtout des sets individuels, avec une jam à la fin. Mais on n’était pas totalement satisfaits. En plus, avec Pat, on n’avait pas les mêmes sections rythmiques, basse, batterie… ce n’était pas encore vraiment ça. Puis il y a eu le Covid. Et là, on est repartis de zéro. On s’est dit avec Pat que ce serait quand même dommage de laisser tomber. Le nom de Fred est arrivé très vite, presque naturellement. On lui en a parlé, et il a tout de suite accepté l’idée. On s’est dit aussi que chacun devait jouer les morceaux des autres, que ce ne soit pas une version « G3 », avec juste une jam finale. Il n’y a donc pas eu une genèse avec des messages fondateurs ou un moment précis. Ça s’est construit sur la durée, sur un an, deux ans, quelque chose de progressif. On a rectifié le tir au fur et à mesure des expériences et des personnes et des styles et des musiciens, et ça a abouti à ça. Mais c’est plus un long procédé qu’une idée fulgurante..
Fred, quant à toi, quand as-tu rencontré Patrick et Pat ?
Fred Chapellier : Je crois que la première fois qu’on s’est rencontrés, c’était sur un festival. Peut-être en Bretagne… enfin non, tu as raison, Pat, c’était plutôt dans le centre de la France, pas loin de Vernon. Ça remonte à quoi… une vingtaine d’années, je dirais. Après ça, on s’est un peu perdus de vue pendant longtemps. Et puis on s’est recroisés parce que tu faisais une masterclass là où j’habite. Ensuite, tu m’as invité au Guit-Ar-Camp, dès la première édition.
Pat O’May : Oui, la première édition, c’était il y a sept ans. Cette année, on va faire la huitième.
Fred Chapellier : Voilà. Et c’est vraiment à partir de là qu’on a commencé à tisser des liens d’amitié. On s’est rendu compte qu’on avait des goûts très proches, tous les trois. C’est aussi pour ça que Guitar Night Project fonctionne aussi bien. Et puis, pour Patrick Rondat, je pense que la première fois qu’on s’est rencontrés, c’était quand on a testé les amplis Blackstar, à Paris. Ça devait être il y a huit ans environ. Ensuite, on s’est recroisés sur un concert caritatif à Chalon-sur-Saône,
(Guitare et Guérison, le 7 septembre 2018, NDR). Et là, on s’est retrouvés tous les trois. On a jammé ensemble à la fin, et c’était la première fois qu’on jouait vraiment tous les trois ensemble.

Si je dois résumer, « Live Access » est tout sauf « encore un album de guitare ». Contrairement à certains projets très axés guitare, parfois sans grande variété musicale, là c’est presque l’inverse. On passe du rock au trad, du classique au prog, en passant par le blues…
Patrick Rondat : Oui, et puis il y a aussi cette diversité dans les formats : des titres instrumentaux, du chant, plusieurs formes d’expression. Il y a surtout une vraie alchimie entre nous. On ne part pas dans tous les sens, il y a une identité forte, mais aussi les couleurs de chacun. Il y a un respect réel de la musique des autres, et un mélange qui est enrichissant pour tout le monde. Je pense que c’est directement lié à nos personnalités et au fait qu’on aime sincèrement ce que font les autres. Si j’avais monté un projet avec d’autres guitaristes purement metal shred, on serait vite tombés dans une surenchère de vitesse, de performance. Et à force, tu te retrouves enfermé dans quelque chose de très fermé. Là, comme le disait Fred tout à l’heure, il y a une émulation, une motivation mutuelle, mais toujours au service de la musique, jamais de la compétition.
Je crains qu’à ce stade de la conversation, on doive passer aux choses sérieuses : le matériel. Guitares, amplis, effets et autres bricoles sur lesquelles vous vous êtes branchés… Commençons par toi, Fred.
Fred Chapellier : Alors moi, je suis totalement à la rue (rires). Le matos, je n’y connais rien. Mais vraiment rien du tout. J’ai trouvé des pédales que j’aimais bien il y a vingt-cinq ans, et j’ai toujours les mêmes. C’est vraiment le cas. Principalement une Bluesbreaker Marshall d’origine et une Boss OD-3. J’en ai même deux. Voilà. Que je joue avec Guitar Night Project ou avec mon groupe, j’utilise exactement le même matériel. En gros, trois pédales. Je mets juste plus ou moins de saturation en fonction du contexte. Avec Guitar Night Project, par exemple, quand je joue Mindscape de Patrick Rondat, je mets forcément plus de gain, mais ça marche. De toute façon, j’ai l’impression que quoi que je prenne, ça sonnera toujours pareil. Donc je reste moi-même, avec le même matos. Côté guitares, c’était évident pour moi de jouer sur Fender Stratocaster. C’est une guitare polyvalente, qui colle parfaitement à ce style. On sait pourquoi… Ritchie Blackmore et compagnie. C’est une guitare que j’adore, et qui fonctionne sur la majorité des morceaux. J’ai plusieurs Fender, mais pour Guitar Night Project, j’utilise une Strat fabriquée par William Raynaud, le luthier derrière WR Guitars, qui a longtemps travaillé pour James Trussart et qui s’est installé à Los Angeles. Pour les amplis, j’utilise des Scribaux, faits main en France, à Reims. Et c’est tout. Enfin, je prends aussi une Gibson Les Paul sur Gary’s Gone, parce que ce morceau demande un peu plus de coffre et de saturation. Mais sinon, voilà… moi, c’est tout.
Merci, Fred. À ton tour, Pat.
Pat O’May : Alors, de mon côté, je garde vraiment mon son. J’ai ma guitare fétiche Vola que je ne lâche pas pour le moment, même si j’entame une collaboration avec Marceau Guitars. Pour les amplis, ce sont des KelT, que j’adore vraiment. Un peu comme Fred, je n’ai pas cherché à changer quoi que ce soit : pourquoi changer quand ça fonctionne ? La seule vraie différence, c’est le niveau de saturation. J’en mets un peu moins que quand je joue seul, parce qu’à trois guitares, il n’y a pas besoin de remplir autant, notamment sur les rythmiques. Côté effets, c’est très simple. Une distorsion que j’active quand je pars en solo, un delay… et c’est à peu près tout. Le delay, c’est un TC Electronic G-Major 2. Il me permet d’attaquer mes deux amplis en même temps. En fait, j’en ai même deux, un par ampli, chacun avec son délai autonome, en insert. Mais, globalement, il n’y a pas énormément de choses. Je reste sur quelque chose de simple, efficace, et fidèle à mon son. Et puis par rapport à la Gibson Les Paul. Donc, quand on fait ce fameux morceau Gary’s Gone, de très joli morceau hommage à Gary Moore. Comme Fred a sa Gibson, moi j’ai pris la chemise de Gary Moore (rires gras).
Bon, un peu de sérieux. À toi, Patrick.
Patrick Rondat : De mon côté, c’est un peu particulier. Pour des raisons de logistique, je n’utilise pas mon propre backline. Je joue sur des amplis Blackstar qui appartiennent à Pat, des Series One. Normalement, quand je suis en tournée, j’essaie de jouer sur deux amplis en stéréo avec un système wet/dry, mais là, c’était un peu trop compliqué à mettre en place. On a donc fait au plus pratique. Je suis sur une tête Series One, avec un delay. J’utilise aussi une réverb White Bird, mais très rarement, juste sur certains passages, en insert. À part ça, il y a un accordeur… Et c’est tout. Côté guitares, j’ai longtemps joué toutes les dates de Guitar Night Project avec une Ibanez Custom Shop USA, corps en acajou, table érable, frettes inox, équipée de DiMarzio PAF 36. Récemment, je suis passé sur une nouvelle Ibanez RG 5320, mais l’essentiel du projet s’est fait avec cette Custom Shop.

La tournée devait donc redémarrer, mais il y a eu un nouveau report, Fred peux nous résumer ce qui t’arrive aujourd’hui, nous rassurer et nous dire ce que ça implique pour la suite du projet ?
Fred Chapellier : Ce n’est pas de bol, tout simplement. On est à un âge où ce genre de choses peut arriver. Il se trouve que j’ai le même problème que Pat a eu il y a quelques mois. Mais là, écoute, je suis en super forme. Vraiment !
Pat O’May : On a mangé ensemble ce week-end, samedi dernier. On était tous les deux, et je lui ai expliqué ce que moi j’avais vécu. Ce n’est pas une petite opération, il ne faut pas déconner, mais c’est quelque chose qui est aujourd’hui très bien maîtrisé. Moi, j’ai été opéré à Brest. Là-bas, les mecs font trois pontages par jour, tu imagines… C’est rodé. Et, aujourd’hui, je suis en pleine forme. Bon, maintenant, je pense qu’on va être plus connus pour nos concerts que pour la qualité de nos afters (rires) !
Fred Chapellier : Oui, on a un peu exagéré… Mais moi, j’ai aussi un terrain propice à ça, c’est très héréditaire. Tout vient du cholestérol. Ma mère en a toujours eu, tout le côté maternel aussi. J’ai hérité de ça. Je fais pourtant très attention, je mange léger, mais, malgré tout, j’ai toujours trop de cholestérol depuis des années. J’ai fait un infarctus il y a un an et demi, on m’a posé des stents. Et là, fin décembre, début janvier, j’étais de nouveau à l’hôpital pour une coronarographie. Ils ont constaté qu’une artère était bouchée à presque 100 %, les autres à 80 %. À ce stade, on ne peut plus rien faire autrement : c’est un triple pontage. Je sais exactement ce qui m’attend. Il y aura quelques jours difficiles, c’est sûr, je vais un peu en chier, mais je suis serein. Je suis malheureusement assez habitué aux hôpitaux, ça doit être ma dixième opération en sept ans. J’ai eu des soucis un peu partout, les jambes, l’aorte… Donc je suis très conscient de ce qui m’attend, mais je pars vraiment positif. Je ne m’inquiète pas pour moi. Quand il s’agit des gens que j’aime, oui. Pour moi, non. Ça va se faire, tout simplement.
Tu seras donc au rendez-vous à partir de mai ?
Fred Chapellier : Théoriquement, au mois de mai, on peut assurer les concerts qui sont prévus. Si tout va bien, évidemment. J’ai bien posé la question à mon cardiologue, celui qui va m’opérer — d’ailleurs, j’attends qu’il m’appelle aujourd’hui pour me donner la date exacte. Je devrais être opéré dans les quinze jours. Il m’a dit qu’au vu de mon âge et de mon activité, il fallait au minimum deux mois de récupération. Moi, j’en prends trois. Février, mars, avril. Et, ensuite, sauf souci, ça devrait le faire pour mai. C’est sûr que j’irai mollo au début, mais si tout se passe comme prévu et je touche du bois, ça devrait être bon pour reprendre à ce moment-là.
Bon, et toi Patrick, tout va bien du côté du cœur ? D’autant que tu as aussi tes dates pour l’album « Escape From Shadows »…
Patrick Rondat : Bah, écoute, on verra à l’autopsie (rires). Oui on a des dates mais j’ai des soucis avec un autre cardiaque donc.
Dernier détail, parce que même si vous avez déjà répondu en partie tout à l’heure… Vous m’aviez dit un « non » assez net pour le live à l’époque. Je repose donc la question pour un album studio. Là, il y aurait aussi un vrai travail de composition, et je vous verrais bien écrire ensemble, et avec du chant !
Patrick Rondat : Je n’ai rien contre les chanteurs, ni contre l’idée en soi. Mais il faut être clair : avec le live, on est déjà dans une histoire de compromis, ce qui est parfaitement normal. On fait des compromis sur les prises, sur les sons, sur le choix des titres. Et pour un live, c’est totalement légitime. En revanche, sur un album studio, je ne suis pas prêt à faire des compromis. Quand je fais un album, je veux être convaincu à 100 % de ce que je mets dedans. Et tu le sais bien : si ça ne me plaît pas, l’album ne sort pas. À partir du moment où tu t’engages avec des gens, où tu signes quelque chose, c’est différent. Si j’avais fait un live tout seul, il ne serait sans doute jamais sorti. Tu vois ce que je veux dire. Donc oui, sur un album live, aucun problème. C’est un témoignage, une photo à un instant donné, comme on l’a dit. Sur un album studio, en revanche, je serais beaucoup moins flexible. Prenons un exemple très simple. On fait un titre, deux le trouvent génial, et il y en a un, le ronchon du coin, au hasard moi (rires), qui n’est pas content. On fait quoi ? Tu ne peux pas bloquer un projet parce que toi tu n’es pas convaincu, mais en même temps tu peux te retrouver à accepter des choses qui ne te ressemblent pas vraiment. Et ce n’est pas une situation dans laquelle j’ai envie d’être. Donc, si ça devait se faire un jour, et ça n’engage que moi, ça voudrait dire commencer à composer, à maquetter, en se disant que ça sortira peut-être… Ou peut-être pas. Que certains titres ne verront jamais le jour. Et, idéalement, ça ne devrait sortir que quand tout le monde est vraiment content, ce qui n’est pas forcément simple à atteindre. Voilà, c’est mon point de vue. Après, je ne sais pas comment Pat et Fred voient les choses.
Pat O’May : Je suis un peu dans la même logique, oui. Je pense surtout que si l’envie de faire un album studio devait naître, les titres seraient écrits en commun. Forcément. Pour que chacun y trouve sa place. Ce qui serait vraiment intéressant, dans la continuité du live, c’est justement de voir ce qu’on est capables de faire à trois. Comme quand on joue les morceaux des uns et des autres sur scène, mais en allant encore plus loin. Un seul pourrait arriver avec une idée, et les deux autres apporteraient leur vision, leur couleur. Là, pour le coup, ce serait vraiment prolonger l’histoire, la pousser beaucoup plus loin. Fred Toi tu. Comment tu vois ça ?
Fred Chapellier : De mon côté, comme je l’ai dit tout à l’heure, je ne suis pas un immense fan du studio. Si ça ne tenait qu’à moi, j’adorerais qu’on compose tous les trois, vraiment. Ça, oui. En revanche, aller en studio, très honnêtement, ça me ferait chier. Je préférerais largement qu’on joue ces morceaux en live, et qu’on les sorte comme ça. Parce que le studio, de manière générale, ça me saoule, même pour mes propres projets. Moi, j’aime le côté ultra spontané. Bien sûr, il faut que les morceaux soient travaillés, approfondis, bien écrits. Mais à trois, je suis persuadé qu’on pourrait faire quelque chose de vraiment très fort. Après… Pourquoi forcément un album ? Sinon, vous venez tous à l’hôpital la semaine prochaine à Reims. Et puis on se fait une réunion dans la chambre (rires)…
Patrick Rondat : Imagine, au moment où ils t’endorment, tu vois nos gueules penchées au-dessus de toi, avec les masques… Et là tu comprends que c’est nous qui allons t’opérer. On a regardé deux ou trois tutos avec Pat, je pense qu’on maîtrise le triple pontage. Franchement, ça nous paraît faisable.
Pat O’May : Voilà. Tu vas être opéré par le Patrick Rondat du bistouri. Et moi, je m’occupe de l’anesthésie. D’accord ?
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